:Débuter la peinture sur porcelaine mes conseils et astuces

peinture sur porcelaine

Mon histoire avec la porcelaine a commencé à Cherbourg, par un vrai coup de foudre. Trente ans plus tard, je m'installe toujours à ma table avec la même impatience devant une pièce blanche. Mais je me souviens très bien de mes tout premiers essais : des couleurs qui s'étalaient là où je ne voulais pas, des traits tremblants et cette impression que tout le monde savait faire sauf moi.


Alors si vous êtes tenté par la peinture sur porcelaine et que vous ne savez pas par quel bout commencer, ce guide est pour vous. Je vous explique ce qu'il faut vraiment dans sa boîte à peinture, les gestes à travailler en premier et les pièges classiques du débutant, ceux que j'ai tous faits avant vous.

Avant de débuter la peinture sur porcelaine, qu'est-ce que c'est exactement ?

C'est le premier point à éclaircir, parce que beaucoup de débutants se trompent de discipline dès le départ.


La peinture sur porcelaine dont je parle ici, celle des ateliers d'art, utilise des pigments à base d'oxydes métalliques mélangés à un médium. Une fois posées sur l'émail, ces couleurs sont cuites au four à environ 850 °C. La chaleur fait fondre l'émail en surface, la couleur s'incruste et devient partie intégrante de la pièce. C'est ce qui explique qu'une assiette peinte à la main il y a un siècle ait encore ses couleurs intactes aujourd'hui.


Rien à voir, donc, avec les feutres et peintures « spécial porcelaine » vendus en loisirs créatifs, qui cuisent au four ménager à 150 °C et finissent par s'écailler au fil des lavages. Cette technique est amusante mais seule celle artisanale permet de créer une pièce qui traversera les âges.


Note de Jup : avant la cuisson, la couleur est fragile et un peu terne. C'est en sortant du four qu'elle révèle son vrai éclat, souvent différent de ce que vous voyiez sur la pièce crue. Ce décalage est la première grande surprise du débutant, et c'est aussi ce qui rend cet artisanat si addictif. Pour un usage alimentaire, ils existent des pigments sans plomb.

Le matériel de base pour débuter la peinture sur porcelaine

Inutile d'investir dans un atelier complet dès le premier jour. Voici l'essentiel.

Les couleurs et le médium

Commencez avec cinq ou six couleurs seulement : un bleu, un pourpre,n un jaune, un rouge de fer, un vert, un brun et un noir. Couleurs que vous complèterez au fur et à mesure de vos créations.


Les pigments sont en poudre à malaxer soi-même sur une plaque de verre ou un carreau de faïence blanc.


Il vous faudra aussi un médium (souvent à base d'huile) pour délayer la couleur, et de l'essence pour nettoyer vos pinceaux.

Les pinceaux

Il vaut mieux les acheter dans un magasin spécialisé. Choisissez-les en poil naturel souple, et réservez-les exclusivement à la porcelaine.


- Petit gris : Poil de l’écureuil de Sibérie issu de la queue de l’animal et bien adapté à la peinture sur porcelaine.

- Putois : En petits gris, ces pinceaux servent à égaliser la peinture. La technique moderne pour le putoisage utilise ce pinceau.

- Queue de morue : Pinceau aplati à poils longs servant à la dépose de la peinture.

- Repique : Pinceau à poils courts pour retoucher un décor après la première cuisson.

- Sifflet : Pinceau à poils longs pour réaliser les filets.

La pièce blanche

C'est le support, et il compte autant que la peinture. Je travaille sur des pièces neuves de Limoges ou de proximité de chez Guy Degrenne, ici en Normandie, pour la finesse et la régularité de leur émail. Mais quand on débute, les brocantes et vide-greniers regorgent d'assiettes blanches à quelques euros : parfaites pour s'entraîner sans culpabiliser quand un essai part à la poubelle.

Le seul bémol pour les pièces d'occasion est le risque de casse à la cuisson si la pièce a subi un choc dans le passé, c 'est un risque à prendre...


Privilégiez des formes plates et larges pour vos premières pièces. Une assiette pardonne beaucoup plus qu'une tasse, dont la courbe fait glisser le pinceau.

La table de travail

 L’objectif est d’avoir une surface stable, bien éclairée d’une lumière neutre et organisée, tout en gardant les produits facilement accessibles.

Le petit matériel

Un chiffon non pelucheux, des cotons-tiges pour rattraper une bavure, un crayon gras spécial porcelaine pour esquisser, et un petit couteau à palette, de l'essence de térébenthine pour nettoyer les pinceaux. Voilà, vous êtes équipé.

Vos premiers gestes pour débuter la peinture sur porcelaine en 5 étapes

  1. Dégraissez la porcelaine. Un coup d'alcool à brûler sur un chiffon propre. La moindre trace de doigt empêche la couleur d'accrocher correctement.
  2. Esquissez votre motif. Restez simple : une branche, trois feuilles, une petite fleur. Les traits de crayon spécial disparaissent à la cuisson.
  3. Préparez votre couleur. Une pointe de couleur, une goutte de médium, on mélange jusqu'à obtenir la consistance d'une crème souple. Trop épaisse, elle cloquera au four ; trop liquide, elle coulera.
  4. Posez la couleur en couche fine. C'est la règle d'or. On travaille par superpositions successives, pas en une seule couche épaisse.
  5. Laissez sécher, puis cuisez.


Note de Jup : votre premier motif ne doit pas être trop grand ou trop compliqué. Un petit motif réussi vous donnera bien plus envie de continuer qu'un grand bouquet raté.

La cuisson à 850 °C : l'étape qui inquiète tous les débutants

C'est le point qui bloque la plupart des gens qui souhaitent se lancer dans la peinture sur porcelaine : un four ménager ne suffit pas. Il faut un four à céramique capable de monter à 800-850 °C, avec une montée en température progressive.


Trois solutions s'offrent à vous :

  • Rejoindre un atelier qui met son four à disposition de ses élèves. C'est de loin la formule la plus simple pour commencer.
  • Faire cuire vos pièces par un professionnel, à la fournée. Certains ateliers et céramistes acceptent les pièces extérieures.
  • Acheter votre propre four, quand la passion sera confirmée. Un petit modèle d'occasion reste accessible, mais c'est un investissement à réserver au moment où vous serez sûr de continuer.



Et sachez-le : une pièce peut être recuite plusieurs fois. On ajoute une couleur, on cuit, on rehausse, on recuit. C'est même la façon de travailler des décors les plus riches, avec les touches d'or ou de platine posées en dernier.

Les erreurs classiques du débutant

  1. Charger le pinceau de couleur. La peinture sur porcelaine se construit en transparence, par couches légères successives.
  2. Vouloir un décor trop chargé d'emblée. Le vide fait partie du décor, laissez respirer votre pièce.
  3. Toucher la surface avec les doigts pendant le travail. Le gras de la peau crée des zones où la couleur refusera d'accrocher.
  4. Mal nettoyer ses pinceaux. Un pinceau encrassé perd sa pointe, et sans pointe, plus de trait fin.
  5. Se décourager après une cuisson ratée. Cela m'arrive encore. Le four a toujours le dernier mot, c'est justement ce qui rend chaque pièce précieuse.


L’essentiel est la recherche du geste parfait, puis sa répétition, les fleurs comme les bleuets ou les roses sont idéales pour cela et sont recommandées comme exercices pour acquérir un bon coup de pinceau.

Débuter la peinture sur porcelaine, c'est accepter de rater ses premières pièces, de recommencer, et de découvrir petit à petit ce que votre main sait faire. C'est un travail de patience qui se joue entre la précision du geste et la surprise de la cuisson. Trente ans après, je m'émerveille toujours en ouvrant la porte du four.



Envie de voir où mène cette passion ? Découvrez mes créations dans la galerie de l'atelier.